La Nintendo DS, petite console à double écran qui a encore son charme, est souvent associée à des jeux communs tels que Mario Kart DS, le Programme d’Entraînement Cérébral du Dr Kawashima ou encore la série des Nintendogs. Toutefois, cette portable est aussi aujourd’hui devenue un véritable terrain de chasse pour collectionneurs. Si, la plupart du temps, on y trouve sur les sites d’annonces ou sur la Rétrogamerie des jeux à 5 €, la donne n’est parfois plus du tout la même pour quelques titres particuliers. En effet, certaines cartouches valent aujourd’hui… plus cher que la console elle-même. Oui, oui, sans boîte, sans notice, juste la minuscule cartouche de 3 cm².

Alors, qu’est-ce qui justifie des prix pareils ? La rareté, la hype, la nostalgie ? Un peu tout ça – mais surtout beaucoup de spéculation émotionnelle.
Celle qui fait qu’on paye un jeu non pas pour ce qu’il vaut, mais pour ce qu’on ressent quand on le voit passer. Et c’est précisément ce qu’on va décortiquer ici.

Bienvenue dans le top 10 des cartouches DS les plus chères selon Prixel !


10. Enchanted Folk and the School of Wizardry – 62 €

On commence avec un jeu qui n’a pas enchanté grand monde à sa sortie. RPG britannique édité par Konami, souvent décrit comme “le Harry Potter du pauvre”, Enchanted Folk a surtout souffert d’une distribution quasi invisible en Europe. Peu d’exemplaires, peu de public, mais une petite fanbase fidèle.

Résultat : quand un collectionneur DS completiste cherche à cocher toutes les cases du catalogue européen, il se rend compte que ce titre ne court pas les rues. Rareté + micro-niche = prix gonflé. Pas scandaleux, mais symptomatique du marché DS d’aujourd’hui.


9. Chrono Trigger – 63 €

Pas besoin de présenter le chef-d’œuvre de Square. La version DS de Chrono Trigger, sortie en 2009, reste une adaptation quasi parfaite du mythe issu de la Super Nintendo, avec quelques ajouts et une traduction française.
Mais là, soyons clairs : ce n’est pas un jeu rare, c’est un jeu culte.

Son prix est donc porté par la réputation plus que par la rareté. Beaucoup paient le nom, pas la cartouche. Typique de ce qu’on appelle la spéculation émotionnelle : “Je veux posséder Chrono Trigger, peu importe la version”.


8. Solatorobo: Red the Hunter – 66 €

Celui-là, c’est le “hidden gem” par excellence. Successeur spirituel de Tail Concerto, ce petit bijou d’aventure signé CyberConnect2 n’a pas connu de large diffusion sur le Vieux Continent.
Le jeu a trouvé tardivement son public – d’abord au Japon, puis en Europe, notamment grâce aux forums et aux vidéos rétro qui l’ont remis sous les projecteurs.

Cela a amené une demande croissante, une offre figée, et des prix qui montent tranquillement depuis cinq ans. Le bon côté, c’est que Solatorobo est un vrai bon jeu. Le mauvais, c’est qu’il est sorti du budget de l’amateur curieux.


7. Pokémon Conquest – 71 €

Un crossover entre Pokémon et Nobunaga’s Ambition. Oui, ça existe. Et c’est aussi bizarre que fascinant.
Le jeu n’est jamais sorti partout en Europe, certaines régions ne l’ayant jamais reçu en rayon. L’édition anglaise circule, mais pas à foison.

Ajoutez à ça un gameplay tactique qui séduit aujourd’hui les fans de Fire Emblem et vous obtenez un titre redécouvert… et donc surcoté. Typique du “je l’ai raté à l’époque, je le veux maintenant, coûte que coûte”.


6. Pokémon Donjon Mystère : Explorateurs du Ciel – 74 €

Là, on entre dans le domaine des Pokémon cultes. Cette version “ultime” des Donjon Mystère DS reprend les épisodes précédents, corrige leurs défauts, ajoute du contenu, et bénéficie d’une aura nostalgique monstrueuse.

Ce n’est pas rare, non. Mais c’est aimé. Et dans un marché piloté par l’émotion, l’amour se monnaie. Les collectionneurs veulent “la version ultime” : forcément, la cote suit.


5. Pokémon Or HeartGold & Pokémon Argent SoulSilver – 75 €

Ces remakes de la seconde génération ont tout pour plaire : nostalgie, Pokéwalker via une édition spéciale, qualité de finition.
Mais attention : les cotes réelles des cartouches seules restent modérées. Le prix flambe surtout dès qu’on ajoute la boîte et le fameux podomètre.

Encore un exemple parfait de spéculation émotionnelle : beaucoup achètent le souvenir du pack complet, même quand ils ne paient que la cartouche seule. Parfois, c’est aussi l’espoir de réassembler ce fameux pack avec Pokéwalker, item par item. Quitte à se rendre compte après coup qu’on a payé bien plus cher en achetant les produits du pack un par un, séparément.


4. Pokémon Noir 2 & Pokémon Blanc 2 – 81 €

Les suites directes de Pokémon Noir/Blanc sont devenues des pièces phares, notamment parce qu’elles ont marqué la fin de l’ère DS.
Impression de rareté, effet de transition avec la 3DS, et une distribution un peu moins massive : la recette était parfaite pour faire grimper les prix.

C’est aussi un jeu souvent reproduit — méfiez-vous des fausses cartouches, surtout si l’étiquette brille trop.


3. Dragon Quest V : La Fiancée céleste – 96 €

Un chef-d’œuvre du JRPG revisité sur DS, traduit, et distribué avec parcimonie.
Dragon Quest V n’a jamais connu la même diffusion que Dragon Quest IX, et ça se ressent. Le jeu a mis du temps à s’imposer, puis le bouche-à-oreille a fait le reste.

Ajoutez à ça la réputation “culte” de la saga, et vous obtenez un titre qui coche toutes les cases du jeu de prestige. On serait tenté de dire que c’est mérité, mais à quasiment 100 € la cartouche, ça va beaucoup trop loin !


2. Commando: Steel Disaster – 140 €

Voilà une curiosité : un run’n gun façon Metal Slug, édité par Lexicon Entertainment en Europe, mais diffusé au compte-gouttes.
Peu de communication, peu de ventes, et quasiment aucune réimpression.

Aujourd’hui, les exemplaires européens se comptent sur les doigts d’une main. D’où ce prix fou.
Mais prudence : le volume de ventes réelles est minuscule. Un seul acheteur motivé peut fausser les moyennes établies sur Prixel. C’est typiquement le genre de jeu dont la cote tient sur deux transactions.


1. Pixeline: Jungleskatten – 184 €

Et voici la reine du top. Pixeline: Jungleskatten (ou “Pixeline dans la jungle”) est un jeu danois de la série éducative Pixeline, sorti discrètement vers 2010.
Distribution : Scandinavie uniquement. Public : enfants. Quantité produite : minime.

En dépit de son intérêt ludique limité par le joueur adulte lambda, c’est devenue le graal des complétistes européens.
Le prix explose depuis que quelques collectionneurs nordiques ont commencé à documenter la série, entraînant un effet “chasse au trésor” dans le reste du continent.


Le vrai problème : la spéculation émotionnelle

Ce classement illustre une chose simple : l’émotion est aujourd’hui le principal moteur de la cote, car plus de la moitié des titres évoqués ici ne peuvent pas être considérés comme rares, et ce même 15 ans après leur sortie.
On paie le souvenir, l’aura, l’histoire racontée autour du jeu, plus que la rareté mesurable.

C’est un mécanisme qu’on observe depuis des années dans le rétro : un influenceur redécouvre un titre obscur, la communauté s’emballe, les prix s’envolent.
Et dans la foulée, les copies, les arnaques, les faux.

Chez Prixel, on essaie justement d’éteindre cet incendie émotionnel, de remettre un cadre rationnel. Parce qu’un marché sain, c’est un marché où l’on comprend pourquoi un jeu vaut ce qu’il vaut.


Comment éviter la surenchère inutile

  • Toujours vérifier la cote Prixel, ne pas se contenter des annonces vendues sur eBay (et encore moins les annonces en cours) afin d’éviter de nourrir la bulle.
  • Comparer les versions : Europe, US, Japon. Un simple changement de code produit peut diviser le prix par deux. Sur une console non zonée, cela peut représenter une sacrée économie si la barrière de la langue n’est pas un problème pour vous?
  • Contrôler la cartouche : logo , plastique, étiquette, brillance. Les fausses cartouches DS pullulent.
  • Ne pas acheter “avec le cœur” : la nostalgie, c’est bien ; le crédit à la consommation, non.

En conclusion

Oui, certaines cartouches DS valent un bras. Mais ce n’est pas forcément parce qu’elles sont rares ; c’est parce qu’on s’est mis à les désirer plus qu’à les jouer.
La frontière entre passion et spéculation est fine — et c’est à nous, collectionneurs, de ne pas la franchir. Parce qu’au fond, un jeu DS, c’est fait pour être inséré dans la console, pas pour dormir dans un tiroir.