La Game Gear, c’est bien entendu cette console qui dévorait vos six piles LR6 en trois-quatre heures. Une véritable attaque à main armée contre l’argent de poche qu’on avait à l’époque ! Malgré tout, la portable de Sega cache des trésors insoupçonnés. Des trésors ludiques, rarement mis en avant. Mais aussi des trésors au sens propre du terme, dans la mesure où certains des titres parus alors valent aujourd’hui une sacrée fortune.
Attention, chez Prixel, on ne cautionne pas la spéculation sauvage qui transforme nos souvenirs en lingots d’or. L’idée de cet article, c’est de comprendre pourquoi ces bouts de plastique coûtent parfois désormais le prix d’un demi-SMIC, voire plus. Est-ce une distribution chaotique ? Un bide commercial devenu culte ? Ou juste une manipulation habile de certains spéculateurs ?
Sortez les loupes et les protège-boîtes, voici le top 10 des jeux Game Gear les plus chers en version PAL, en état complet !
10. Tails’ Adventure – 261 €

On commence ce classement avec le renard à deux queues qui, pour une fois, a décidé d’envoyer Sonic en vacances. Sorti en 1995, ce titre est une véritable pépite qui s’éloigne du jeu de plateforme frénétique pour lorgner vers le genre metroidvania, et ce avant-même que le terme existe.
Pourquoi dépasse-t-on les 260 € ? Tout simplement parce qu’en 1995, la Game Gear est une console en soins intensifs. SEGA a déjà les yeux rivés sur la Saturn et délaisse sa portable. Le jeu a bénéficié d’un tirage très limité en Europe. Mais ce qui booste vraiment sa cote, c’est son intérêt ludique : c’est en réalité l’un des meilleurs jeux de la console, ce qui pousse les joueurs (et pas seulement les collectionneurs de plastique) à vouloir posséder l’original. C’est le prix de l’excellence en fin de vie !
9. Excellent Dizzy Collection – 278 €

Dizzy, l’œuf avec des gants et des bottes, est une icône absolue au Royaume-Uni grâce à Codemasters, mais il est resté un illustre inconnu pour beaucoup de petits Français. Cette compilation regroupe Panic Dizzy, Dizzy the Adventurer et Go! Dizzy Go!.
Ce n’est pas tant le contenu qui justifie les 278 €, mais la nature même de l’édition. Codemasters éditait souvent ses propres jeux sans passer par les circuits de distribution classiques de SEGA. Cette version PAL est restée très localisée sur le marché britannique. Trouver un exemplaire complet avec une boîte en carton (souvent malmenée par l’humidité anglaise, on vous voit !) est un défi. C’est la rareté géographique typique : un jeu « UK only » ou presque, que tout le continent s’arrache aujourd’hui.
8. Les Schtroumpfs: Autour du Monde – 312 €

Ne vous fiez pas à ces petites créatures bleues ! Derrière ce titre se cache l’un des jeux les plus traîtres de la console. Développé par les Lyonnais d’Infogrames (cocorico !), le jeu est sorti en 1995 sur – presque – tous les supports de l’époque.
Si la version Super Nintendo se trouve pour le prix d’un (gros) menu McDo, la version Game Gear est une autre paire de manches. Pourquoi ? Parce que c’est en quelques sortes un portage de « trop » sorti alors que les rayons Game Gear se vidaient complètement, les magasins étant passés à autre chose. La production a ainsi été stoppée très vite. De plus, Infogrames avait une distribution assez erratique en dehors de la France et de l’Allemagne sur ce support. C’est l’exemple parfait du jeu de licence grand public qui devient un objet de luxe faute de stock initial.
7. Power Strike II – 324 €

Attention, chef-d’œuvre ! Si vous aimez les shoot’em up, vous connaissez Compile. Power Strike II (ou Aleste au Japon) est une prouesse technique qui fait cracher ses tripes à la Game Gear avec des dizaines de sprites, le tout sans aucun ralentissement.
Ici, le prix se justifie par un facteur crucial : l’exclusivité régionale. Contrairement au premier opus, Power Strike II n’est jamais sorti sur le sol américain ! Les collectionneurs US, qui sont parmi les plus agressifs du marché, n’ont donc pas d’autre choix que d’importer nos versions PAL européennes pour compléter leur collection de shmups ou leur fullset. Cette demande transatlantique a littéralement siphonné le stock européen, faisant grimper la note pour nous, pauvres joueurs du vieux continent.
6. Man Overboard ! – 454 €

Vous ne connaissez pas ? C’est normal. Derrière ce titre se cache en réalité le jeu de réflexion Sink or Swim. Vous y dirigez un sauveteur qui doit évacuer des passagers d’un navire en train de couler. Un concept original, mais qui n’a clairement pas déplacé les foules en 1995.
On entre ici dans la catégorie des « fantômes ». Édité par Virgin Interactive, le jeu a connu une distribution confidentielle, limite underground. On soupçonne que certaines enseignes ne l’ont même jamais reçu. Le prix de 454 € s’explique par le fait que le jeu est resté sous les radars pendant 20 ans avant que des full-setters (ceux qui veulent tous les jeux de la console) ne réalisent qu’il manquait à tout le monde. C’est l’offre inexistante qui rencontre une demande de complétiste.
6. CJ Elephant Fugitive – 586.5 €

Un éléphant qui tire des cacahuètes et saute sur des plateformes… On est en plein dans le syndrome Codemasters. Encore un jeu qui n’utilisait pas les boîtes standard de SEGA, ce qui le rendait difficile à ranger et donc facile à perdre ou à abîmer.
Ce titre a été mis en lumière par plusieurs influenceurs et historiens du jeu vidéo ces dernières années, soulignant sa rareté extrême dans les lots de vide-greniers. Comme beaucoup de titres Codemasters, il n’a pas bénéficié du marketing massif de SEGA. C’est un jeu « obscur » par excellence : peu de gens l’ont acheté à l’époque car la jaquette ne vendait pas du rêve, et aujourd’hui, sa rareté physique brute le place au-dessus de titres bien plus prestigieux.
4. Galaga 2 – 896 €

Ne cherchez pas Galaga 1 sur Game Gear, il n’existe pas sous ce nom ! Galaga 2 est en fait le nom européen de Galaxian 91. Un jeu d’arcade culte dans la poche, c’était l’argument de vente.
Frôler les 900 € pour un « petit » jeu d’arcade peut paraître dingue. L’explication tient en un mot : Namco. Les collectionneurs de l’univers Namco sont extrêmement pointilleux et la version Game Gear PAL est réputée pour être l’une des pièces les plus difficiles à dénicher en état mint (neuf). La boîte est fragile, et le jeu a été distribué très tardivement en Europe via des circuits secondaires. C’est la réputation de la licence alliée à une distribution « fin d’une époque » qui crée ce prix stratosphérique.
3. Sonic Blast – 1093.5 €

Le hérisson bleu pointe enfin le bout de son nez (ou de ses piquants). Sonic Blast – connu sous le nom de G-Sonic au Japon – est le tout dernier jeu Sonic sorti sur la console en 1996. Pour l’époque, les graphismes en pré-rendu 3D tentaient d’imiter le style de Donkey Kong Country.
En 1996, la Game Gear, comme on l’a déjà dit, est déjà morte et enterrée dans l’esprit du public, remplacée par la Saturn et la PlayStation. Sonic Blast est donc malheureusement sorti dans l’indifférence générale. Cependant, comme c’est un Sonic, il est la cible prioritaire de tous les fans de SEGA. C’est le conflit ultime : une icône mondiale piégée dans une cartouche produite à très peu d’exemplaires. Le résultat ? Une cote qui dépasse les 1000 € pour une version complète…
2. Tarzan : Lord of the Jungle – 1200.5 €

On franchit la barre symbolique du SMIC pour l’homme-singe. Ce n’est pas pour la qualité du jeu (honnête mais sans plus) que les prix s’envolent, mais pour une tragédie industrielle.
Le jeu a été édité par GameTek, une entreprise qui était en train de s’effondrer financièrement au moment de la sortie. Les rumeurs de l’époque disent que seule une poignée de cartons ont réellement quitté les entrepôts pour arriver dans les magasins européens. On est ici sur une rareté « accidentelle » : le jeu n’est pas rare parce qu’il est vieux, il est rare parce qu’il n’est quasiment jamais arrivé en rayon. Posséder ce titre complet, c’est posséder un rescapé d’une faillite.
1. Sonic 2 in 1 — 1228 €

Le voilà, le boss final de votre compte en banque. Ce n’est pas un jeu à proprement parler, mais une compilation regroupant Sonic Spinball et Sonic Drift 2 sur une seule cartouche.
Pourquoi ce double pack vaut-il plus cher qu’une Neo Geo ? Parce qu’il s’agit initialement d’une édition bundle spécifique, et donc distribuée dans 99% des cas en cartouche simple avec la console. Ainsi, il n’était pas vendu seul en magasin mais glissé dans certains packs consoles et vendus exclusivement dans quelques enseignes européennes autour de Noël 1995. Sauf que ce bundle n’a pas été distribué partout en Europe. C’est ainsi qu’en Italie par exemple, une version complète et en boite, a été vendue séparément de la console. Ce jeu est alors tellement rare dans ce packaging que certains pensent même que cette version n’existe pas. Trouver l’ensemble complet avec sa boîte spécifique est aujourd’hui une quête quasi-impossible, surtout au milieu de toutes les contrefaçons. C’est la rareté absolue liée à un mode de distribution qui en fait le Saint Graal de la Game Gear !
On ne va pas se mentir : dépenser jusqu’à 1200 € dans un jeu Game Gear, c’est un investissement qui demande réflexion. La première chose à faire est de traquer les contrefaçons. Avec l’explosion des prix, le marché a été inondé de boîtes reproduites avec des imprimantes laser haute définition. Un vrai jeu de ce prix se vérifie au microscope : texture du carton, soudures de la puce, épaisseur de la notice…
Chez Prixel, on vous conseille surtout de ne pas céder au FOMO (la peur de rater quelque chose). Ces prix sont le reflet d’un marché de niche. Si votre but est de jouer, les cartouches seules, ou les versions japonaises si elles existent (la plupart de ces jeux ne nécessitant que peu de compréhension de texte) sont clairement plus accessibles pour votre portefeuille. Si votre but est de collectionner, soyez donc prudents et informés. La préservation du patrimoine vidéoludique passe par la connaissance, pas seulement par le carnet de chèques !
